Nom Spécialité/style Atmosphère/atelier
Hand in Glove Traditionnel, graphique, lettrage Briques apparentes, ambiance atelier, inspiration vintage
Atelier 168 Fine line, ornemental, réalisme Minimalisme, lumière naturelle, accueil confidentiel
La Bête Humaine Noir, gravure, motifs hybrides Décor expressif, objets détournés, énergie brute
Bram Van Der Moolen (chez Bleu Noir) Minimalisme, ligne pure, compositions abstraites Studio épuré, ambiance studieuse, respect des codes
Painful Pleasures Tatouage japonais, couleur, détail Salon lumineux, ambiance familiale, esprit transmission

Au fil des rues du 10e, plusieurs tatoueurs se distinguent par la précision de leur geste, la cohérence de leur univers et une approche du tatouage entre exigence artisanale et création singulière.

Hand in Glove : Tradition graphique et trait décidé

S’adresser à Hand in Glove, c’est faire le choix d’un geste sûr. Situé au 33 rue des Vinaigriers, le salon se distingue depuis déjà quelques années par son ancrage dans le tatouage traditionnel – lettrages incisifs, aplats francs, compositions aussi solides que les murs de briques qui structurent l’espace. Le mobilier évoque la Californie des années 1990, l’atelier respire la maîtrise discrète et la précision du trait.

Ici, on ne se perd pas dans la démonstration. Le tatouage s’inscrit dans une lignée. Motifs marins revisités, crânes, panthères, serpents, mais aussi typographies soignées. Les résidents, comme Fanny Maurer ou Robin Blackbone, nourrissent une esthétique héritée du old school, mais le trait n’est jamais figé. La couleur se dose avec mesure, le noir s’affirme selon l’envie du client, jamais selon l’effet attendu sur Instagram.

L’accueil est direct, l’écoute attentive. Les flashs proposés restent fidèles à l’esprit du lieu : peu d’esbroufe, juste un dialogue honnête entre la peau, l’encre et l’histoire à écrire. Les initiés soulignent la fiabilité de la cicatrisation, le suivi sur-mesure. Le 10e y gagne une adresse bien identifiée dont la réputation dépasse le seul quartier.

Atelier 168 : L’élégance du trait fin et la lumière comme alliée

Au 168 rue du Faubourg Saint-Martin, l’Atelier 168 joue une partition à part. Le salon cultive la discrétion. Baies vitrées, lumière rasante, mobilier minimal – la scène tient plus du cabinet d’artiste que de la boutique tape-à-l’œil. La maison héberge une poignée de tatoueurs parmi les plus fins du quartier, dont Lina Doll et Rim.

Leur savoir-faire se lit dans la finesse du linework, l’harmonie des ornements, la délicatesse des compositions florales ou animalières. La clientèle se compose autant d’amateurs de motifs géométriques que d’adeptes de tatouages micro-réalistes. L’aiguille se fait plume, la machine s’efface au profit du dessin. Pas de place ici pour les excès : chaque projet naît d’un échange, parfois même d’un silence, le temps de saisir l’intention sous la demande.

La réputation de l’Atelier 168 s’est forgée via le bouche-à-oreille, plus que via les réseaux sociaux. Le lieu s’adresse à celles et ceux qui savent reconnaître la douceur d’une ombre, la justesse d’une courbe, la pudeur d’un motif discret. L’hygiène, impeccable, répond aux standards les plus stricts. Peu d’erreurs, rarement de retouches : le geste est maîtrisé, la clientèle fidèle.

La Bête Humaine : Le noir comme manifeste

Une façade sombre, des lumières tamisées, un décor oscillant entre cabinet de curiosités et atelier dada : à La Bête Humaine (21 rue du Château d’Eau), le tatouage prend une autre dimension. La signature du lieu ? Un travail du noir puissant, inspiré par la gravure, le surréalisme, les bestiaires classiques d’Europe centrale et parisienne.

Alexis Calvie — alias “La Bête” — s’est fait une réputation d’alchimiste. Son trait explore la densité, le contraste, mais aussi la narration. Les motifs signés de sa main jouent du volume, multiplient les niveaux de lecture : mains jointes, animaux hybrides, visages mystérieux, croix stylisées. Son style s’observe autant qu’il se porte, ses lignes résistent au temps, le noir ne bleuira pas au fil des années.

Le salon accueille régulièrement des guests, multiplie les projets collaboratifs, expose aussi. Chaque passage semble ouvrir une porte nouvelle sur la scène alternative parisienne. Ici, on découvre la force du détail, loin du simple effet graphique. Que l’on cherche une pièce imposante ou un petit motif discret, l’exigence reste la même : tout commence par l’écoute, la préparation, puis le travail du trait dans la matière.

Bram Van Der Moolen chez Bleu Noir : La rigueur minimaliste

En plein cœur du 10e, au 25 rue Durantin, le studio Bleu Noir porte bien son nom. Ici, l’encre s’épure, le geste se resserre. Parmi les artistes qui y résident, Bram Van Der Moolen s’impose comme une référence pour le minimalisme tatoué. Son style, tout en économie de moyens, s’inspire à la fois de l’École de Bauhaus et de la modernité urbaine.

Bram trace des lignes nettes, des compositions à peine ouvertes, parfois construites à partir d’un détail architectural. L’ambiance du studio contraste avec l’agitation de la rue : calme, feutrée, lumière blanche, mobilier industriel. L’essentiel est là, rien de plus. Les clients sont souvent des amateurs de design, de graphique, de tatouage discret mais signifiant.

Bleu Noir, pionnier du tatouage “art contemporain” à Paris, veille à la formation continue de ses artistes. Ici, chaque projet est pensé en amont, discuté, testé sur papier. Les instruments sont stériles, la précision extrême : Bram trace rarement deux fois la même ligne sur une peau. Ce souci de cohérence, de justesse, fait du studio une référence pour ceux qui veulent s’inscrire dans la durée sans tomber dans le décoratif gratuit. (Source : https://www.bleunoir.tattoo/)

Painful Pleasures : L’école japonaise et le respect des maîtres

Pousser la porte de Painful Pleasures, c’est plonger dans une culture de la transmission. Depuis 2006, ce salon installé 35 rue de la Grange aux Belles, s’est spécialisé dans l’art du tatouage japonais, mais cultive aussi un goût certain pour la couleur et le détail réaliste.

Ici, l’histoire prime. Le fondateur, Aurélien, revendique un apprentissage selon la tradition : respect du dessin, longues sessions, connaissance des symboles. Les motifs sont puissants, la couleur domptée, la pose toujours réfléchie. Les clients viennent parfois pour une pièce en plusieurs séances – dragons, carpes, fleurs de cerisier – parfois pour un souvenir plus discret, mais jamais anodin.

L’ambiance s’apparente à une grande salle d’atelier, où la discussion se fait ouverte, où la confiance prime. L’équipe accueille sans afféterie, accompagne sans juger. Painful Pleasures accueille autant de passionnés que de néophytes. La transmission y est tangible, le geste jamais sacrifié à la vitesse ou à la copie. Les partages sur le site officiel témoignent de cette fidélité et de cette exigence (source : https://painfulpleasures.fr/).

Penser le tatouage comme une empreinte réelle

Le 10e arrondissement fourmille de salons. Mais la différence ne se fait pas sur le look de la vitrine ou la popularité d’un feed, elle s’ancre dans le respect du métier. Si Hand in Glove s’impose par la tradition graphique, Atelier 168 par la délicatesse de sa ligne, La Bête Humaine par l’intensité du noir, Bleu Noir par son minimalisme exigeant et Painful Pleasures par la force de la tradition, tous partagent ce refus de la posture vide.

Choisir son tatoueur, c’est choisir un regard sur soi, une confiance dans le geste. À Paris, le 10e offre des univers où chacun peut inscrire une histoire singulière, loin des automatismes et des diktats de l’image rapide. Ce sont ces lieux, ces signatures, cette attention au détail qui forgent une vraie scène, discrète et vivante.

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